Être infirmière au Québec


infirmiere quebec

Je suis Floriane, diplômée infirmière depuis Juillet 2015, j’ai travaillé dans plusieurs établissements et services : soins continus, médecine interne, oncologie, SSR (Soins de Suite et de Réadaptation), différents services de chirurgie (hospitalisation, hospitalisation de jour et de semaine).
J’ai finalement démissionné de mon dernier poste afin de revenir dans ma région natale. Avec mon conjoint, nous avons pris le temps d’aménager un camion pour partir en vadrouille quelques mois. C’est aussi durant cette période que notre aventure au Québec s’est préparée.
Actuellement au CHUM de Montréal, et je suis dans un service de chirurgie d’urologie et d’ORL.

Explique-nous comment devient on infirmière au CHU de Montréal ?

Floriane : Le Québec a une embauche sélective. S’ils ont besoin de main d’œuvre qu’ils ne trouvent pas sur leur territoire, ils recruteront à l’étranger. Notre diplôme d’infirmière diplômée d’état nous permet, via un accord France/Québec, d’être reconnues directement en tant qu’infirmière clinicienne sans avoir besoin de passer un examen ou de retourner à l’école. Les infirmiers/ères manque actuellement cruellement. 2 fois par an se déroule à Paris les « Journées Québec » où sont présents « Recrutement Santé Québec ».
Sachant cela, je me suis inscrite sur leur site pour remplir un dossier décrivant mon parcours professionnel.
J’ai été par la suite convoquée pour un entretien durant les Journées Québec.La première phase de sélection est passée!

Arrive le grand jour pendant lequel nous sommes face à 2 personnes (une infirmière et une DRH dans mon cas). L’entretien commence: c’est parti pour une heure de questions; une rapide présentation de notre parcours, pourquoi le Québec, nos points forts et points faibles, puis des mises en situation cliniques pour voir comment on réagirait (de l’arrêt cardiaque à la préparation d’un patient pour une chirurgie du colon, en passant par une erreur médicamenteuse). Ce jury nous demande alors de sortir pour réfléchir. Après quelques minutes, nous savons si oui ou non nous sommes sélectionnés pour partir au Québec! Et là, c’était vraiment la joie après tout ce stress! En sortant de l’entretien, nous remplissons quelques papiers pour faire la demande de permis de travail et surtout la reconnaissance de diplôme. On nous informe aussi que le futur établissement d’embauche a 2 mois pour confirmer ou refuser notre dossier (c’est vraiment très rare qu’une personne prise à la suite des entretiens se fasse refuser son dossier par l’établissement employeur).

Floriane, infirmiere quebec

Quels documents faut-il réunir ?

Floriane : À partir de là, une grooosse phase de paperasse s’enclenche! Tout d’abord, faire reconnaître notre droit d’exercer au Québec auprès de leur ordre infirmier, l’OIIQ.
4 étapes pour ouvrir notre dossier :

  • Demander des attestations à nos employeurs via les formulaires fournis par l’OIIQ, que les employeurs devront eux-mêmes envoyer au Canada par voie postale.
  • Demander à l’ordre infirmier français une attestation prouvant que nous y sommes inscrits (penser donc à s’inscrire avant de faire toutes ces démarches, car c’est parfois long avant d’avoir une réponse de leur part..), puis envoyer cette attestation ET le formulaire d’attestation fournis par l’OIIQ à la gestion internationale des infirmiers français, à Paris. Une fois le tout rempli, ce formulaire devra être lui aussi renvoyé depuis ce service à Paris par voie postale au Canada.
  • Demander à notre IFSI de remplir le formulaire de réussite scolaire fourni par l’OIIQ, qui devra également être envoyé de leur part, par voie postale, au Canada.
  • Enfin, nous devons remplir un formulaire et payer des frais d’ouverture de dossier et envoyer le tout par voie postale au Canada.

Pour faciliter les choses, j’avais pré-rempli certaines choses sur les formulaires envoyés aux différents organismes, mis des post-it pour leur donner des indications et leur avais fournis des enveloppes pré-timbrées avec l’adresse de l’OIIQ dessus… Ils n’avaient plus qu’à remplir leur section, signer, mettre un tampon officiel puis zou, dans l’enveloppe et à la poste! Je ne sais pas si j’ai eu de la chance, mais par rapport à beaucoup, cette démarche a été relativement rapide pour moi, les différents intervenants ont été au top! J’ai envoyé mes documents vers mi-juin au différents organismes, mon dossier était en cours d’informatisation le 4 juillet, l’OIIQ m’a confirmé l’ouverture de mon dossier le 19 juillet et j’ai reçu mon ARM (Accord de Reconnaissance Mutuelle) le 23 août.
L’employeur m’a lui demandée :

  • Bilan de santé et formulaire de référence d’emploi, à mettre sur la plateforme RSQ (Recrutement Santé Québec);
  • Casier judiciaire;
  • CV;
  • Copie du diplôme;
  • Copie du passeport;
  • L’ARM quand reçu par l’OIIQ;
  • L’Attestation aux fins d’immigrations, reçu par l’OIIQ;
  • Mes relevés de notes de l’école;
  • Des attestations officielles de travail (avec le nom du poste occupé, le nombre d’heures hebdomadaires travaillées soit 35h/semaine et la période de travail exacte pendant laquelle on a travaillé).
document

Le 24 juillet, le CHU de Montréal nous envoyait les différentes dates possibles d’embauche et la liste des services en manque d’effectif. Nous devions faire 3 vœux puis choisir le nombre de jour travaillés par quinzaine que nous souhaitions faire… Royal!
Le 1er août, je recevais le Saint Graal : ma lettre officielle d’embauche !
Mon dossier a été complété le 4 septembre, date à laquelle j’ai reçu les attestations officielles de mes anciens employeurs, ce qui me manquait à envoyer au CHUM afin que la DRH puisse compléter mon dossier. Le temps de finaliser le tout de leur côté, le CHUM a envoyé mon dossier à l’immigration canadienne le 5 octobre pour la demande du CAQ (Certificat d’acceptation du Québec) et de l’EIMT ( Etude d’Impact du Marché du Travail). Nous voilà partis pour minimum 4 mois d’attente avant d’avoir le retour de ces documents de la part de l’immigration…! Pendant ce temps, j’en ai profité pour faire ma visite médicale chez un médecin agréé par l’immigration canadienne. Je suis donc pour ma part allée à Rennes. Bilan de la matinée:

  • 130€ de visite médicale;
  • 40€ de radio pulmonaire;
  • 60€ de bilan sang + urine.

4 mois plus tard, le 4 février suivant, … je reçois ENFIN mon CAQ et EIMT de l’immigration! Joie et bonheur furent de courte durée : en copiant mon prénom, l’immigration avait fait une faute d’orthographe! Le 6 février, les documents ont été renvoyés pour correction sans être certains que le délai serait court! Finalement, j’ai reçu les documents corrigés le 25 février, ce qui me donnait donc le droit de prétendre au Permis de Travail Temporaire (PTT)! Yes!

J’ai choisi de ne pas faire ma demande de PTT en ligne, mais directement à la douane. Les délais en ligne étant assez longs, je voulais être sûre de l’avoir pour commencer le 26 avril.

Nous avons donc pris l’avion le 11 avril direction Montréal. Une fois arrivée à l’aéroport, je suis restée quelque temps à l’immigration afin de faire faire mon PTT. Pour cela, j’avais apporté mon CAP, EIMT, passeport et ma confirmation de visite médicale. J’ai fait mes données biométriques sur place: 85 dollars canadiens (58€) de données biométriques et 155$ (105€) pour le permis de travail!

Entre le dossier médical et ça, il faut être prêt à débourser, mais le CHUM nous rembourse une partie si le stage de 75 jours est validé!

Il aura donc fallu 9 mois entre mon embauche (fin mai 2018) et l’obtention des documents nécessaires pour faire ma demande de PTT à la douane.

Ça y est, te voilà installée à Montréal, prête à travailler ! Tu prends ton poste dès le premier jour ?

Floriane : Au CHUM, il y a 1 semaine d’intégration. Les nouveaux arrivants, jeunes diplômés québécois ou français fraîchement arrivés, ont cette semaine en commun avant d’être lâchés dans les services! C’est top, cela permet de voir un peu en théorie comment ça se passe, et pour nous, nouveaux expat’, de se faire des connaissances! Par contre, entre le CHUM qui nous demande de lire des dizaines de documents, de faire des mini formations avec évaluations en ligne et l’OIIQ qui demande également ça de son côté afin de valider nos compétences en fin de stage… Il y a du boulot !
Durant cette semaine-ci, il faut penser à récupérer notre droit d’exercice temporaire auprès de l’ordre infirmier et à payer les frais d’inscription à l’ordre! D’ailleurs, la cotisation que j’ai payée est de 255 dollars canadiens (173€), et dites-vous bien que ce n’est pas une cotisation complète… Il y a une réduction .. Vivement l’année prochaine, donc… Ou pas !
Ensuite, nous sommes répartis dans les services afin d’effectuer nos stages de 75 jours, qui permettra de valider notre équivalence infirmière! À la suite de ce stage, le CHUM envoie la validation de celui-ci à l’OIIQ afin de nous délivrer notre permis définitif d’exercice de la profession infirmière au Québec! Le stage comprend 2 parties :

  • La première, de 30 à 35 jours, pendant laquelle nous sommes jumelés avec une infirmière en poste. Comme une impression de retourner à l’école. J’ai pas mal été perturbée au début car c’était comme tout reprendre de zéro!
  • La deuxième, de 40 à 45 jours, où nous sommes seuls en charge de notre secteur. Seuls, mais tout de même indirectement suivis par la conseillère en soins infirmiers qui garde un œil bienveillant sur nous et qui viendra à la rescousse si besoin, ou nous recadrer si ça ne va pas, et nous évaluer jusqu’à la fin des 75 jours!

Le dernier jour, si tout va bien, nous signons un papier qui sera envoyé à l’OIIQ. À sa réception, ils évaluent notre dossier et décident, ou non, de nous donner notre permis d’exercice définitif!

chum

Quelles sont pour toi les principales différences entre la pratique de l’infirmière française et l’infirmière québecoise ?

Floriane : Ici, il y a les infirmières auxiliaires et les infirmières cliniciennes. Les accords avec le Québec ont permis de faire reconnaître notre diplôme en tant qu’infirmières cliniciennes, c’est-à-dire avec un grade de bachelières ici. En plus de pouvoir faire les actes de soins et la distribution des médicaments, nous avons un rôle important d’évaluation des patients (ici, par exemple, nous auscultons!), et de coordinations avec les différents intervenants.

Ton planning te permet-il de profiter de la ville et de visiter les alentours ?

Floriane : Je dirai oui et non! Ici, le job est en 8h, donc tout dépend si c’est à temps plein ou temps partiel! Si c’est un temps plein, ce sont des semaines à 5 jours de travail et une fin de semaine sur deux. Je ne dirais pas que cela permet d’en profiter pleinement! Un 8 jours par quinzaine, déjà, c’est mieux ! Nous pouvons demander à enchaîner nos jours de travail et ainsi avoir plus de jours off de suite. J’ai un collègue qui fait 8 jours de suite et qui a le reste de la quinzaine en off. Je pense avoir trouvé un bon compromis. J’ai la chance d’être dans un service qui me le permet: j’ai un temps complet, mais en 12h! Je travaille donc 7 jours par quinzaine, dont 6 en 12H et 1 en 8h. Cela me fait de plus longs week-ends!

Combien gagnes-tu par mois en moyenne ?

Floriane : Ici, je gagne en moyenne 1500 dollars canadiens par quinzaine (le salaire est versé tous les 15 jours!), ce qui fait environ 3000$ par mois (≈ 2000€). Mon ancienneté française a été reprise, j’ai donc environ 3 ans de bagages. Je trouve les logements pas si chers, si on compare à la France. Malheureusement, le prix du logement flambe à Montréal et les loyers deviennent parfois ridiculement excessifs dans certains quartiers. Mais tout dépend de ce que l’on veut: le quartier, un jardin, la proximité d’un métro, neuf ou non, avec piscine sur le toit, etc… Je trouve par contre la nourriture chère. Bien manger, local, ou bio a un réel coût. Mais nous nous en sortons bien. Mon compagnon ne travaille pas encore et je paie donc le loyer, l’électricité, internet et une ligne de téléphone canadienne, ce qui nous revient à grosso modo 1400$/mois. Il nous reste donc mon deuxième salaire pour vivre, et nous ne nous privons pas pour autant!

Y a-t-il des possibilités d’évolutions ?

Floriane : Assistant infirmier chef, conseiller en soins, chef de service, infirmier praticien spécialisé, l’enseignement, la recherche… Pour certains postes, l’opportunité d’un poste vacant pour nous permettre d’évoluer en un rien de temps; parfois, il faut retourner à l’université.Il y a beaucoup plus de possibilité qu’en France; je pense que le métier est plus évolué ici.

Un conseil pour une personne qui hésite à se lancer ?

Floriane : Je dirais de venir en vacances ici, s’imprégner peut-être de l’ambiance, demander à faire un stage d’observation (même juste de quelques jours pour voir comment ça se passe), poser des questions sur les nombreux forums et groupes Facebook qui existent.Ne pas hésiter à aller aux Journées Québec ou au salon de l’infirmier pour se renseigner sur l’emploi ici. Si l’envie est là, l’expérience est vraiment chouette, et toute source d’enrichissement est bonne à prendre! Que vous vouliez juste être de passage ou vous installer ici, c’est à faire!
Nous avons même réussi à convaincre des amis venus en vacances ici de tenter l’aventure!

Si vous avez des questions ou voulez suivre les aventures de Floriane retrouvez la sur son Instagram.

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